LAODICEE DU LYCOS
/ DENIZLI

La ville antique de Laodicée Ad Lycum est située à proximité du village de Goncali, à 6 kms de Denizli, une ville ville réputée pour son industrie textile (serviettes et peignoirs de bain).
La ville Hellénistique fut fondée sur l'emplacement d'une cité plus ancienne (selon Pline le Jeune elle fut appelée à l'origine Diospolis puis ensuite Rhoas) sous la dynastie des Séleucides au milieu du IIIème siècle av. J.C., par Antiochos II en l'honneur de son épouse Laodicée. Afin de mieux faire la distinction entre Laodicée et de nombreuses autres villes portant le même nom, et parce qu'elle se trouvait dans la vallée de la rivière Lycos* (Çuruksu), "Ad Lycum" fut ajouté à son nom. En 188 av. J.C., la ville passa au Royaume de Pergame et par la suite sous le contrôle de Rome en 133 av. J.C.
Laodicée était réputée pour ses moutons à la toison douce et noire et était un grand centre de tissage de la laine mais aussi du coton. En raison de la fertilité de sa région, de son climat clément, de son commerce florissant et sa situation privilegiée sur une route commerciale, Laodicée devint l'une des cités les plus importantes et les plus prospères d'Asie Mineure. A l'Epoque romaine, vers 60 ap. J.C., suite au séisme dévastateur qui détruisit toutes les villes de la région, les riches habitants de Laodicée reconstruisirent rapidement leur cité et, grâce à leurs donnations, continuèrent à l'embellir par de nombreux monuments. Laodicée, qui frappait sa monnaie, alla jusqu'à se nommer elle-même la "métropole d'Asie".

A l'inverse de ses voisines Hiérapolis et Colossae, la grande faiblesse de Laodicée était son manque d'eau de source et était ainsi dépendante d'une alimentation en eau extérieure. L'eau était acheminée par un système élaboré d'aqueducs qui étaient en fait d'énormes pierres rectangulaires bien soudées entre elles et au milieu desquelles de larges conduits avaient été percés.
Le fait qu'une importante communauté juive vivait à Laodicée contribua à la rapide conversion au christianisme de la ville qui devint un siège épiscopale. Toutefois l'essor du christianisne ne fut pas si aisé à cause des richesses accumulées grâce au textile et au commerce. L'Eglise de Laodicée fut probablement fondée par
Epaphras de Colossae (voir plus bas). D'après l'Epître aux Colossiens, il apparaît que Paul de Tarse ne se serait jamais rendu à Laodicée, mais ayant eu connaissance par Epaphras de certaines doctrines propagées dans la ville, il aurait écrit aux Colossiens, désirant que l'épître envoyée à cette église fut également lue à Laodicée. Laodicée était une des Sept Eglises de l'Apocalypse". Au IVème siècle, un concile condamnant l'adoration des anges à laquelle Paul fit allusion, se tint à Laodicée. La date exacte n'est pas connue, cependant on pense qu'il aurait précédé le Concile de Constantinople (381).
Laodicée fut frappée par un séisme en 494 et ne s'en remit jamais complètement. Finalement, la ville fut abandonnée après la conquête des Seldjoukides qui préférèrent s'installer dans les environs là où il y avait de l'eau en grande quantité, à l'endroit où se trouve Kaleiçi à Denizli. La nouvelle ville de Laodicée prit le nom de "Ladik" mais au fil des siècles, elle fut également appelée “Donguzlu”, "Tonguzluk" et Dengizli. De là vient le nom de Denizli qui, en turc moderne, signifie" un lieu où il y a beaucoup d'eau". Durant la période ottomane, Denizli retrouva l'ancienne position de Laodicée en tant que leader dans le secteur du textile.
Aujourd'hui Denizli est, après Izmir, la ville la plus importante de la région égéenne dans le domaine de la fabrication manufacturière et le domaine touristique.

Le Parc National du Mont Honaz (2571 m), situé au sud-ouest de Denizli, est la plus haute montagne de l'Anatolie occidentale.

Les vestiges de l'antique Laodicée comprennent un théâtre hellénistique, un plus petit théâtre romain, un stade, un château d'eau, un bâtiment du conseil rectangulaire, un gymnase et des bains, ainsi qu'une nymphée.

Colossae
est située à 25 km à l'est de Denizli près de la ville de Honaz, sur les contreforts du Mont Honaz (l'antique Mont Cadmos - 2571 m
) au bord de la rivière Aksu. Colossae fut l'une des villes les plus prospères de Phrygie et fut particulièrement réputée pour sa laine qui était teinte d'une couleur pourpre appelée colossinus. Mais Colossae fut petit à petit supplantée par Laodicée et finalement perdit son importance économique. De plus, la ville fut frappée par un séisme dévastateur vers 60 ap.J.C.. Colossae fut le siège d'une église chrétienne primitive qui semble avoir été fondée par Epaphras, un élève et adepte de Paul. L'importance biblique de la ville tient au fait qu'une épître fut adressée à cette église. L'Epître aux Colossiens aurait été écrite par Paul entre 61-63 ap.J.C., durant sa captivité à Rome, contre la montée d'une nouvelle hérésie, à savoir le syncrétisme religieux et le gnosticisme.
Au VIIème siècle, Colossae fut complètement abandonnée avec la fondation de Chonae (ou Chonas, Honaz actuelle) où une église, dédiée à St Michel, fut erigée reintroduisant ainsi l'adoration des anges (cf Laodicea). L'historien Byzantin Nicetas Choniates qui fit le récit du sac de Constantinople (1204) ainsi que son frère Michel Choniates qui devint évêque d'Athène, naquirent tous deux à Khonae.

Le site de Colossae n'a pas été fouillé. Il y a peu de vestiges à voir.


La ville de Buldan, située à 40 km au nord de Denizli, est également réputée pour ses tissus en fibres naturelles tissés sur des métiers actionnés à la main. Le tissu traditionnel de "Buldan", fait de pur coton, est largement utilisé pour le linge de maison et très prisé pour la décoration intérieure moderne ou traditionnelle.


 



AFYONKARAHISAR

La ville d'Afyon, plus communément appelée Afyon, fait partie du triangle Kütahya-Eskisehir-Afyon où vécurent les Phrygiens aux VIII-VIIème siècles av.J.C..
Afyon, dont le nom veut dire "opium", est située dans une région où est cultivé le pavot sous le strict contrôle de l'état.
La ville s'étend au pied d'un rocher volcanique noir qui fut fortifié pour la première fois par les Hittites qui l'appelèrent
Khapanuwa. L'endroit a connu plusieurs périodes d'occupation par les Phrygiens, Lydiens, Perses, Galates, Pergaméens, Romains et Byzantins. La ville, tour à tour dénommée Acroenos, Acronion et même Nicopolis, fut prise au XIIIème siècle par les Seljoukides qui reconstruisirent la citadelle et l'appelèrent Karahisar, la "forteresse noire". Au cours du temps, le vocable "afyon" fut ajouté révélant ainsi la production principale de la région, d'où son nom de Afyonkarahisar, la "forteresse noire de l'opium". La ville fut incorporée à l'Empire Ottoman en 1390 par le Sultan Beyazid Ier, mais fut perdue lors de la brève invasion de l'Anatolie par Tamerlan (Timur Lenk) en 1402 qui donna la région au Germyanogullari. En 1429, après la mort de Yakup II, le dernier souverain des Germiyanogullari qui avait légué ses territoires au sultan Murat II, la ville redevint possession ottomane.
Afyon joua un rôle crucial lors de la Guerre d'Indépendance. Depuis les hauteurs de Kocatepe surplombant la plaine d'Afyon, le 26 août 1922 Atatürk lança sa Grande Offensive qui aboutit à la défaite de l'armée grecque à la Bataille de Dumlupinar l
e 30 août 1922, date célébrée comme "Jour de la Victoire", une fête nationale en Turquie. Dumlupinar est située à 59 km au nord-ouest de Afyonkarahisar. Le Monument de la Victoire et les mémoriaux érigés à Zafertepe-Çalköy ainsi que le cimetière de Dumlupinar et le Musée constitué par la Maison et les quartiers généraux d'Atatürk, se trouvent à l'intérieur du Parc National Historique du Baskomutan (le commandant en chef Mustafa Kemal), une région protégée délimitée par les villes d'Afyon, Kütahya et Usak où les zones de front de l'Anatolie occidentale furent établies.

A voir dans la ville d'Afyon: le Musée Archéologique; le Mémorial de la Guerre d'Indépendance; la Grande Mosquée Ulu Mosque construite en 1272 et tout près la Mosquée Imaret avec ses élégants minarets cannelés; la citadelle Byzantine qui offre une vue spectaculaire sur la ville.
L'ancien quartier de la ville de Kalealti présente de nombreux exemples de vieilles maisons traditionnelles bien conservées.

Les spécialités de Afyonkarahisar sont le "sucuk" (saucisson de boeuf à l'ail), le "loukhoum" (lokum), et la "kaymak" (crème fraîche épaisse) qui se déguste avec la plupart des gâteaux turcs et particulièrement avec le pudding de vermicelle local "ekmek kadayifi". L'utilisation culinaire des graines de pavot, appelées hashash, se rencontre communément dans la confection du pain, de gâteaux et autres desserts leur conférant ainsi un goût de noisette très distinctif. Le “helva” de hashash ainsi que le "Ezme" (pâte) de hashash sont d'autres spécialités de la région.

Dans les environs d'Afyon se trouvent de nombreux centres thermaux bien équipés tels que Gazi, Gecek, Ömerli, Hudai. Sandikli est une station thermale où l’on soigne par les bains de boues. Le hammam historique d'Afyon est également alimenté par une source thermale.

La production d'opium pour les besoins pharmaceutiques est l'activité majeure de la région.

Plus au nord d'Afyon, la région appelée Vallée Phrygienne offre une grande richesse à la fois historique, culturelle et naturelle. Cette partie de la Phrygie possède les monuments les plus étonnants du monde phrygien. Les formations naturelles abritent des habitations troglodytiques, des temples, des églises, des tunnels, des passages, des citernes... D'énormes rochers ont été transformés en d'imposants monuments sculptés.
La Vallée Phrygienne et ses environs sont inscrits en tant que zone naturelle et site archéologique protégés.

A Aslankaya et à Aslantas de magnifiques lions sont sculptés dans des monuments de culte rupestres.




La petite ville d'Ihsaniye, située à 35 km d'Afyon, possède des formations rocheuses qui ressemblent, à petite échelle, à celles de la Cappadoce. Les premières communautés chrétiennes trouvèrent refuge içi, creusant leurs maisons dans le tuf tendre. Les habitations troglodytiques, les tombes rupestres ainsi que les églises d'Ayazini sont les plus importantes.


 



AIZANOI
La ville antique d'Aizanoi est située à 57 km de Kütahya dans la petite ville de Cavdarhisar. Autrefois sur les terres de Phrygie, durant la période Hellénistique la région toute entière tomba à tour de rôle sous l'hégémonie de Pergame puis de la Bythinie avant d'être incorporée à la Province Romaine d'Asie. Les ruines romaines attestent d'une période très glorieuse durant les IIème et IIIème siècles ap. J.C.. La pièce maîtresse en est le Temple de Zeus, bien conservé, élevé sous Hadrien qui le désigna comme étant le centre officiel du culte de Zeus. Ce temple pseudodiptéral présente un style alliant une architecture gréco-anatolienne à des formes artistiques néo-classiques qui se caractérisent dans la décoration: oves, chapiteaux composites, feuilles d'acanthe du bel acrotère central à l'aspect d'un buste de femme qui couronnait le pédiment ouest. L'acrotère se trouve à présent sur le sol, devant le temple. Une imposante statue de Zeus, qui n'a pas été retrouvée, s'élevait autrefois dans la cella.
Des copies de lettres envoyées par Hadrian afin de régler une querelle liée à la construction du temple, sont gravées sur les murs du pronaos. Elles sont la preuve de l'intérêt que l'empereur portait à Aizanoi.
On ne connaÎt pas exactement quel fut l'usage de l'étrange soubassement voûté du temple. Longtemps l'on a cru qu'il servait au culte de Cybèle, la Grande Déesse Mère anatolienne vénérée à Aizanoi comme la "Meter Steunene".
Cependant il est très probable que cette partie du temple ait fait office d'oracle. Le sanctuaire (Steunene) de la déesse mère, qui selon la croyance habitait dans des cavités rocheuses, était situé à 2 km au sud-ouest de la ville dans une grotte contenant des gravures rupestres, où des figurines en terracotta furent découvertes lors de fouilles.

Les ruines de la ville antique sont éparpillés dans et autour de la la pittoresque petite ville de Cavdarhisar:
- Le complexe du stade et du théâtre, séparés par un mur en marbre, est une structure unique que l'on ne retrouve dans aucune autre ville antique.
- Le sol des thermes est décoré de splendides mosaiques représentant au centre un Satyre et une Ménade. La statue de Hygieia, la fille d'Asclepios et la déesse de la santé, fut découverte au cours des fouilles des thermes. Son nom est à l'origine du mot "hygiène". La statue est exposée dans le Musée de la Brigade à Küthaya (voir plus bas).
- La rue à colonnes, longue de 450 mètres, faisait partie de la voie sacrée menant au Steunene. Les vestiges de stoas et de colonnes aux chapiteaux ioniques qui bordent la rue proviennent du Temple d'Artémis qui dut être démolli et dont les colonnes furent réutilisées dans la construction de la rue à colonnade. Les ruines d'une arche monumentale s'élèvent à l'extrémité sud-ouest.
- Les deux ponts romains (cinq à l'origine) sont encore utilisés de nos jours.
- Le Macellum était une place de marché avec un édifice circulaire où est gravé un édit de Doclétien datant de 301 et fixant les salaires et réglementant les prix afin de combattre l'inflation... La liste mentionne différents produits allant du prix des denrées alimentaires à celui des esclaves: par exemple nous apprenons qu'un esclace très robuste équivalait à deux mulets.
- La necropole renferme de nombreux sarcophages et pierres tombales.

Aizanoi fut un siège épiscopal à l'époque byzantine et le temple fut utilisé pour le culte chrétien. Au XIIIème siècle, le périmètre autour du temple fut fortifié contre les invasions tatares. Après la conquête seldjoukide, la tribu tatare des Cavdars s'installèrent dans la forteresse, d'où le nom Cavdarhisar, "hisar" signifiant "forteresse" en Turc.

Ce splendide site est encore méconnu du grand tourisme.


L'imposant akrotère, une statue représentant un buste de
femme, ornait, dans l'antiquité, le pédiment ouest du temple.

Les chapitaux composites combinent les styles Ionique et Corinthien



Inscriptions sur le mur du Stade

L'édifice circulaire (Macellum)


Un des deux ponts romains qui enjambent le
Koca Çay (l'antique rivière Penkalas )
 




KÜTAHYA


La ville de Kütahya fait partie du triangle Kütahya-Eskisehir-Afyon où vécurent les Phrygiens aux VIII-VIIème siècles av.J.C.. Kütahya fut aussi marquée par la présence des Romains, qui la nommèrent Cotyaeum, puis par celle des Byzantins. Entre la moitié du XIIIème siècle et le début du XVème siècle, elle fut la capitale du puissant Beylik des Germiyanogullari (un émirat seldjoukide). En 1429, après la mort de Yakup II, le dernier souverain des Germiyanogullari qui avait légué ses territoires au sultan Murat II, la ville fut incorporée dans l'Empire Ottoman et joua un rôle important tout au long de cette période.
Dès le XVème siècle, Kütahya a été rendue célèbre par ses faiences. Elle fut la rivale d'Iznik dans la fabrication de céramiques émaillées (Çini en Turc) et finit même par la supplanter, devenant ainsi le centre de production de vaisselle émaillée et de carreaux de faiences de l'Empire Ottoman. De nos jours, de nombreux ateliers perpétuent cette tradition reproduisant, entre autres, des faiences du XVIème et XVIIème siècles au bleu cobalt sur fond blanc laiteux.
Kütahya était également réputée pour sa sculpture sur bois, son travail de l'argent (l'argent y est d'ailleur fondu), ses broderies et sa cuisine de palais. Les robes impériales ottomanes étaient cousues à Kütahya et de là, étaient envoyées au palais.

Kütahya s'étend le long de la rivière Porsuk, au pied d'une colline dominée par une citadelle médiévale. La ville possède des maisons en bois et en stuc du XVIIIème siècle, telles que les très belles maisons de la rue Germiyan.
En plus du Complexe Yakup Çelebi qui comprend la Grande Mosquée Ulu Cami (1410) et, à proximité, le Medrese Vacidiye qui abrite le Musée Archéologique et le Gök Sadirvan qui abrite le Musée des Faiences (Çini); les hamams, le bazar (bedesten) et le Musée Kossuth connut sous le nom de Maison Hongroise car le héro national hongrois Lajos Kossuth y séjourna entre 1849 et 1851, sont parmi les monuments historiques de la ville les plus intéressants.

Un ancien hangar à avions qui se trouve dans les quartiers généraux du centre d'entraînement des recrues de l'armée de l'air a été restauré et transformé en un très beau musée. Ce Musée de la Brigade (Tugay Müzesi) expose de nombreuses sculptures en pierre qui étaient entreposées dans le Musée Archéologique, de la porcelaine, des peintures et travaux d'artistes locaux, ainsi que des oeuvres d'art inestimables, don de Rifat Çini, le propriétaire de la manufacture "Azim Çini", la plus ancienne manufacture de porcelaine de Kütahya.

Kütahya possède les plus grandes ressources geothermales de Turquie avec ses six centres thermaux de Yoncali, Ilica-Harlek, Simav-Eynal, Gediz-Ilicasu, Murat Dagi (le Mont Murat) et Kaynarca. Les sources de cette région possèdent l'eau thermale contenant le plus de minéraux de tout le pays.

Le Festival de la céramique a lieu chaque année en juillet à Kütahya.

Ancienne fontaine typique


Le Musée Archéologique à l'intérieur
du Medrese Vacidiye
L'ancien bâtiment de la soupe populaire (imaret) faisait partie du complexe construit par Yakup II Germiyanogullari.
De nos jours il abrite le Musée des Faiences (Çini)
La rue Germiyan et ses maisons typiques

Ancien Hammam

Le Musée de la "Brigade"
La statue d'Hygieia, la fille d'Asclépios et déesse de la santé, fut découverte lors
des fouilles des bains romains à Aizanoi. Son nom est à l'origine du mot "hygiène".
La statue est exposée dans le Musée de la Brigade.